mardi 1 avril 2008

Microcosme - 3e partie

Chapitre 2e


Il dit alors à sa partenaire :

-J’ai un gps dans la tête. Ça bouge. Je crois.
-Non impossible. Laisse moi voir ?
-Touche-moi surtout pas, espèce de brute.

Avec tout le monde en place, il est clair que cette complication ne me facilitait pas la vie. Siroix à côté de moi, dans la planque. Il aurait dû se trouver sur le toit à l’heure qu’il est ; lui l’oeil dans la lunette de son viseur, moi prête à lui donner le signal. Surveillant la scène attentivement. Le plan prévoyait que nous soyons en place dès quatorze heures, pour l’arrivée de l’enfant à dix-sept heures. Alias se trouvait déjà à l’intérieur.

-Je vais avoir besoin d’un chiro-neuro-doc, je ne peux pas l’extraire moi-même.
-Sérieux. Comment peux-tu être certain que t’as été saboté ?
-Ça m’est déjà arrivé. Un modèle XY300 implanté par erreur par un groupe d’activistes. Je ne pourrai pas travailler avec ça, s’il est déclenché je peux sombrer dans un coma nerveux.
-Combien de temps pour l’extraction ?

Rien ne me plaisait dans cette situation. Le chef, Grivoix, assumerait que tout ça est de ma faute. Je peux prendre beaucoup de blâme, mais quand ça vient à Grivoix, mieux vaut être dans ses bonnes grâces. Je déteste prendre la responsabilité d’aborder une opération. Que me restait-il à faire ?

-Camille ! À quoi tu penses ? Il est temps d’appeler du renfort et de règler ça.
-Poste 2 à Contrôle ? Fis-je dans mon radio.
-Contrôle à l’écoute ? Camille le spécialiste est-il avec toi, on ne le voit pas sur le toit.
-Poste 2 réquisitionne un chiro-neuro-doc, spécialiste blessé ; je répète, le spécialiste est blessé.
-Camille ici Grivoix ! Qu’est-ce que vous me raconter ?! Vous penser peut-être qu’un chirurgien est monnaie courante dans une opération policière. Comment Siroix a-il pu être blessé, on attend encore le déroulement des événements. Je vous ferai porter le blâme si cette attaque est compromise !
-Camille reste calme, me dis-je. Poste 2 réquisitionne un médic, spécialiste a gps implanté dans le crâne …

Je jette un coup d’oeil à mon coéquipier. Il semble pâle, étendu sur le plancher, attendant que le dispositif soit déclenché. Mon radio grésille, vont-ils prendre la peine de nous répondre ?

-10/04. Marie-Pierre va monter.

Quelques minutes éternelles plus pard, le carillon de la porte se fait entendre. Je vérifie l’identité de la nouvelle venue à travers le store, puis déclenche le loquet. Marie-Pierre portait une trousse à tout faire, utile dans ces situations. Mais elle était plutôt spécialiste des comportements que chirurgienne. Elle s’approche de lui.

-Il va falloir que tu me guide Siroix. Je n’ai jamais fait ça de ma vie. Et tu as plus d’expérience que moi dans l’extraction de gps ; pour l’instant.
-Prend la cloche numéro 1 et insère-là dans mon oreille gauche. Ils veulent geler mes fonctions physiques, le truc est dans l’hémisphère gauche.
-Ensuite ?
-Tu presses la switch comme on dit. Et appuie très fort. Lorsque tu vois que ça force, retire la cloche d’un coup sec.

Tout est bien qui fini bien. Siroix s’installa sur le toit quelques instants plus tard. Je branche mon radio sur sa fréquence et je m’installe pour trianguler. Le plan prévoyait une attaque directe si Alias sortait. Dans tous les cas j’allais devoir épeler le code du signal. Je déteste cette partie de mon boulot. Parce qu’une syllabe croche et le plan prévoit une toute autre réaction de mon équipe. Entre Cash ou Slac ou Sach, il y a tout un monde. Je prends la décision finale.

Avec le retard que nous avons pris, l’attente n’a pas été longue. Nous avions envoyé notre meilleur tacticien pour reconduire l’enfant. Mais alors qu’ils s’approchaient, une délégation de manifestants est apparue de nul part. L’enfant a sorti une cuillère d’argent de sa poche et l’a pointé vers le ciel. Elle a miroité dans le viseur de Siroix quelques secondes. Puis il l’a perdu de vue parmi tous ces passants. Plus tard, on a retrouvé le tacticien étendu sur le trottoir, assommé. Nous n’avons procédé à aucune arrestation.

J’ai reçu en soirée sur mon biper un message numérique urgent. J’avais une bonne idée de ce dont il s’agissait. Et cette coïncidence tombait un peu trop à point pour la prendre à la légère. Notre cousine Ellah donnait signe de vie.

Cette femme a mal viré dès ses quatre ans, où elle s’était mise en tête de réveiller le bébé qui dormait. Mais Marie-Pierre a dû dormir au moins pendant cinq années de suite. Elle était très disciplinée. Mais s’était gênant pour nous. La nuit, en effet, les vampires dorment parfois. Ce qui est dangereux pour eux c’est de se promener au grand jour. Vous ne les voyez pas dans les rues. C’est pour ça qu’ils ne se font pas beaucoup d’amis. Alors je lisais des livres et curieusement le bébé dormait.

Mais la cousine Ellah ne s’est jamais identifiée réellement à notre famille. Elle se croit reliée par quelque twist généalogique à Alias. Dont elle croit qu’il détient le secret de notre santé. Je veux dire notre ‘problème’ de résilience à la vieillesse. Si elle voulait que je lui parle maintenant, ce serait pour me vendre une information.
à suivre ...